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Reprise du blog

Je reprends tout doucement mon blog professionnel.

Il était arrêté pour la simple raison que je ne voyais plus le besoin ni l’intérêt de continuer à écrire sur ma situation professionnelle, restée en stand by depuis mon retour en France : je pensais – naïvement ? – que mon CV ainsi reboosté par une belle expérience en Suisse prouvait enfin mes capacités et dissipait les craintes des recruteurs.

Las, mes espoirs ont été à la hauteur de la déception : les rendez-vous obtenus avec beaucoup de difficulté, les entretiens focalisés sur mes capacités à m’intégrer dans une équipe entendante, le peu d’intérêt porté sur mes compétences ont eu raison de ma motivation professionnelle. Bien que justifiées, ces interrogations récurrentes m’ont interpellé quant aux motivations réelles des recruteurs : cherchaient-ils finalement un collaborateur entendant ou recherchaient-ils un infographiste webdesigner ?

Mon travail, en tant que responsable de projets bénévole au sein de MOOD devenant de plus en plus intense, répondait à mes attentes : créer et mettre en place des projets, gérer une équipe, catalyser des ambitions, susciter des vocations, dynamiser des compétences, élaborer des partenariats, rechercher des fonds, rencontrer du monde, découvrir des technologies, interroger le public.

Aujourd’hui, cela fait cinq ans que notre équipe met en place d’intéressantes activités. Créé en 2007 sur un simple besoin, le site DijonSourds.fr répond à un fort désir de s’informer. S’en suivit la création de l’association pour proposer, en langue des signes principalement, des actions de sensibilisation, des sorties culturelles, des visites guidées, des rencontres autour d’un café sign’…

La disparition de mon pater a été une puissante étincelle dévastatrice mais secouante : la vie est courte. Trop courte. Il n’a pu profiter de sa retraite mais a pu réaliser ses voeux les plus chers. Sa femme, ses enfants et ses petits-enfants, ses ambitions, ses projets et ses passions.

Alors que je souhaitais désespérément mettre mes compétences au service d’une entreprise, mes idées dorment pendant ce temps dans les tiroirs en attendant d’être réalisées un jour. Pourquoi ne pas les mettre en place dès maintenant ? Profiter de la vie, tester, essayer, gérer, pérenniser : bref agir. Ayant déjà testé le statut d’entrepreneur au sein d’une coopérative, l’envie de passer le cap supérieur m’est venue.

Je me lance donc dans deux projets majeurs qui aboutiront à deux entités, deux entreprises. Le simple constat sur l’accessibilité, censée être totale en 2015, me fait comprendre qu’il y a encore du pain sur la planche. Les idées ne manquent pas, reste à les mettre en place : parmi toutes les riches rencontres effectuées ces dernières années, certaines personnes ont été séduites par les nouveaux et ambitieux projets. Et désirent participer à l’aventure !

Depuis quelques semaines, échanges de documents, dessins & schémas, tableaux chiffrés, illustrations & photos ponctuent notre quotidien. Une équipe se met progressivement en place au gré des jours qui passent…

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Musique et Handicap (article UFCV)

Dossier “Musique et Handicap”
– UFCV “Feuille de Vigne, décembre 2003”

par stéphane hanquet – formateur INP à l’UFCV Bourgogne

 

La musique, un langage universel

Le terme de “handicap” ne rime pas avec incapacités ou incompétences. Bien au contraire… les réactions de certaines personnes en situation de handicap sévère ou très invalidant nous surprennent, surtout là où nous ne nous y attendons pas.

La musique est un langage universel, compris par tous, quel que soit l’endroit du globe. Nul besoin de connaître une langue pour communiquer, la musique fonctionne seule ; ce n’est pas par hasard qu’elle est utilisée à des fins pédagogique, thérapeutique, solidaire et communautaire… L’animation musicale – que ce soit par la voix ou les instruments à corde, à percussion – a toujours eu pour fonction de rassembler, attirant par son aspect auditif (production sonore), visuel (attitudes corporelles) et physique (danse, vibrations).

Cependant si certaines institutions culturelles proposent des cours de musique, elles privilégient le plus souvent le côté professionnel, tendant ainsi à masquer le plaisir musical ludique ou festif, individuel ou collectif… La musique y est souvent enseignée de manière traditionnelle : des livres avec des séries de portées musicales, remplies de partitions, toutes intéressantes en somme mais qu’il faut savoir déchiffrer avant d’être capable de les interpréter ! Les professeurs se trouvent bien démunis face au handicap… L’un des rôles de MESH, avec ses musiciens pédagogues et ses animateurs relais, est alors de rassurer et d’aider les enseignants dans leur démarche pédagogique.

Exemple d’ateliers de musique avec MESH

Fondée en 1984 par Magali Viallefond, l’association MESH s’est donnée pour ambition le développement des activités musicales en direction des personnes handicapées, quel que soit le handicap, afin de répondre au principe du droit à l’accès à la culture pour tous. En favorisant la mobilisation de tous les partenaires concernés par la musique et le handicap, MESH situe son travail à l’intersection de deux grands perspectives : l’intégration des personnes en situation de handicap dans la cité et l’accès à la musique pour tous. Les actions de MESH en faveur des personnes handicapées, se déclinent en plusieurs axes : la pédagogie musicale adaptée et la création artistique, la sensibilisation et la coordination d’un réseau local.

L’approche de la musique telle que la conçoit MESH peut se faire à l’aide de nombreux instruments, entre autres avec des Structures Sonores Baschet (SSB). Pourquoi privilégier ces Structures ? Nous nous sommes vite aperçus de l’impact positif que ces instruments professionnels très originaux avaient auprès de tout public, handicapé ou non. Ces Structures ne nécessitent aucun apprentissage laborieux : pour pouvoir les utiliser, il suffit juste de s’approcher de l’instrument… de le toucher… le caresser, le frapper, le pincer ! Peu importe le geste, le son harmonique et métallique qui sort de l’instrument impressionne…

Avec de tels instruments, il n’est donc pas nécessaire d’utiliser la parole : les gestes, les yeux et le silence peuvent tout dire. “A moi de te regarder pour chercher un contact, à toi de me regarder pour établir une relation musicale… Tu me poses des questions ? Je te réponds à ma manière en pinçant les instruments ! Cela ne te convient pas ? Mets-toi en colère ! Tape et je répondrai à ton appel…”

Cette activité musicale, accessible à tous, déroute souvent au vu de la simplicité des gestes demandés… Mais au final, elle peut être très riche en émotions et permettre de gagner une confiance qu’on n’imaginait pas. Dans les ateliers de musique où j’ai personnellement participé, les SSB deviennent magiques en ouvrant des voies de communication non verbales, simplement fondées sur le regard, l’attitude et le comportement adoptés.

Musique et handicap, c’est possible ?

Les personnes en situation de handicap réagissent toujours à ces activités. Comment ? Voici quelques exemples, en quelques lignes.

Les SSB ont la particularité d’être modulables ; leur conception permet de rajouter de longs bras métalliques autorisant ainsi les personnes handicapées motrices d’atteindre l’instrument et de l’utiliser à leurs convenance.

Il arrive parfois que ce soit difficile d’approcher l’instrument près de l’enfant handicapé. Souvent ce sera le cas dans le handicap mental ; l’enfant refuse simplement et purement l’instrument en s’en écartant ou en l’ignorant. Comment établir une communication musicale ou du moins un contact ? Surtout pas en imposant l’instrument ou en s’imposant : l’animateur-musicien doit pouvoir trouver le moment où l’enfant se montre disponible, capter l’instant où son attention est présente. Cette concentration peut durer tout aussi bien quelques minutes que quelques secondes !

Et les personnes déficientes auditives ? Elles n’ont pas la même notion de temps que les personnes entendantes : ne pouvant avoir une audition globale, elles “n’entendent” que leur propre pulsation personnelle, leur rythme interne… La difficulté de travailler avec des personnes sourdes de manière collective impose de développer l’écoute mutuelle.

Les approches peuvent être ainsi diversifiées (visuelles, tactiles, vibratoires, sonores, corporelles…) et adaptées à chaque handicap, à la déficience visuelle aussi. L’aspect tactile, sensitif, mais aussi le sens de l’espace environnemental sont alors développés, ce qui surprend parfois. Une fois les bases instrumentales installées, la personne handicapée visuelle peut aisément s’intégrer à un groupe musical.

Du point de vue de l’animateur

Les ateliers avec des personnes handicapées sont très “prenants” ; ils demandent une forte énergie et une grande expérience personnelles… L’animateur se remet constamment en cause ; il lui arrive d’être découragé car l’enfant réagit rarement comme il le souhaite ou encore refuse de rentrer dans la “bulle” musicale qu’il a créée.

Mais la formation qu’il a reçue lui permet de réagir à ces difficultés et de répondre à l’objectif pédagogique qu’il s’est donné. Il est indispensable d’avoir dans ses bagages une logique pédagogique et constructive pour proposer des ateliers de musique ; savoir s’adapter est aussi une des autres qualités requises !

Le mot de la fin

Pour l’avoir vécu, on ne peut qu’en redemander ! Malgré ma surdité profonde (-104 dB de perte), de 7 à 20 ans, j’ai voulu et pu suivre un cursus musical quasi traditionnel au Conservatoire National et Régional de Dijon puis dans une école de musique autour de professeurs qui ont su s’adapter à mon handicap et m’apporter les connaissances musicales et une motivation dont je me sers aujourd’hui. J’ai pu les enrichir par d’autres approches pédagogiques qui ne nécessitent pas nécessairement un long apprentissage en formation musicale.

C’est cela que j’aime partager.

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Différences entre prothèses surpuissantes et à transposition de fréquence

LVIème Congrès de Phoniatrie mardi 3 octobre 2000 – Paris


INTRODUCTION

par Monique PETITJEAN

La prothèse à transposition mise au point par le Professeur Jean-Claude LAFON en 1989 et dont je rappelle la fiche technique pour la prothèse Bêta : c’est une transposition de bandes du spectre dans la zone grave en dessous de 1000 Hz, un passe-haut à 1200 Hz à 5000 Hz (bande dite aiguë), elle est destinée à appareiller la surdité profonde, car plus la surdité est importante, plus il faut utiliser les restes auditifs et non compenser une perte tonale enseignait le Professeur Jean-Claude LAFON.

Ce qui nous a interpellé dans l’utilisation de cette prothèse par des sujets sourds profonds est que le gain prothétique d’une prothèse surpuissante et celui de la prothèse à transposition était soit amélioré de 5 à 10 dB aux fréquences 250, 500, 1000, 2000, 4000 Hz. Le sujet sourd se dynamisait plus dans la découverte de l’environnement sonore, de l’utilisation de la parole et du ressenti de la voix, qu’avec les prothèse surpuissante d’où une meilleure utilisation et optimisation des informations reçues.



DIFFERENCES ENTRE PROTHESES SURPUISSANTES ET PROTHESE A TRANSPOSITION

par Stéphane HANQUET

Mon propos est de vous parler de la différence entre les prothèses surpuissantes et la prothèse à transposition. Pour avoir été appareillé à l’âge de 18 mois avec des prothèses surpuissantes pour une surdité sévère limite profonde perte de 90 dB et qui a évolué en surdité profonde à l’âge de 7 ans et ensuite d’avoir expérimenté les prothèses Alpha et Bêta de Galaxie, je vais essayer de vous parler de leur différence. Actuellement, ma perte auditive est de 104 dB (voir mon audiogramme).


J’ai porté les prothèses surpuissantes jusqu’à l’âge de 19 ans alors que j’étais en classe de Terminale. Ce choix avait été volontairement fait car mes repères auditifs étaient inscrits et je ne pouvais me permettre un changement de prothèse alors que j’étais candidat au baccalauréat. Le Professeur Lafon nous avait confié des prothèses Alpha et Bêta, et j’avais fait le choix de ne l’utiliser qu’en musique car mon professeur et moi-même avons tout de suite constaté que je respectais le tempo. Avec les prothèses surpuissantes, pour essayer de rester fidèle au tempo, je comptais, ce qui m’empêchait d’être en situation d’écoute : je finissais souvent en retard et mon tempo ne respectait pas le tempo réel imposé par la partition ou l’orchestre. Ce constat m’a interpellé et j’ai eu envie de savoir ce que je pouvais découvrir du monde sonore, de l’environnement sonore, et de la communication avec la prothèse à transposition.


Avec les prothèses surpuissantes, pour essayer de rester fidèle au tempo, je comptais, ce qui m’empêchait d’être en situation d’écoute : je finissais souvent en retard et mon tempo ne respectait pas le tempo réel imposé par la partition ou l’orchestre. Ce constat m’a interpellé et j’ai eu envie de savoir ce que je pouvais découvrir du monde sonore, de l’environnement sonore, et de la communication avec la prothèse à transposition.


Après avoir obtenu mon bac, je décide donc de porter quotidiennement la prothèse à transposition. Je suis ainsi passé directement, sans transition, à ce nouvel appareillage. J’ai eu beaucoup de mal, j’étais complètement perdu, tous mes repères avaient changés. D’après mes parents, au début, je faisais beaucoup de bruit et je ne reconnaissait même pas mon prénom.

A un moment donné, j’ai décidé de remettre les prothèses surpuissantes, et là, immédiatement j’ai vu la différence. En fait, les prothèses surpuissantes amplifient de manière égale tous les sons, quelle que soit la distance à laquelle le son se situe. A titre d’exemple, si je parle en marchant sur un chemin gravillonné, je vais entendre ma voix et le bruits des graviers sous mes chaussures, au même niveau sonore. C’est très gênant pour identifier la parole.


Avec la multitude des bruits environnants, qui arrivent de partout à la fois, à la même intensité, il ressort des prothèses surpuissantes un immense brouhaha, ce qui me donnait un mal de tête étourdissant. Tous ces sons qui se bousculent, entraînent pour moi la confusion, je ne sais pas quoi trier ; je ne sais pas d’où ils viennent ; j’ai très mal à la tête, et je comprends que c’est une des raisons qui font que la majorité des sourds abandonnent leurs prothèses.

En ce qui concerne ce mal de tête, ma mère et moi pensions qu’il pouvait provenir d’un problème de vue. Changer mes verres de lunettes quand la vue baissait ne suffisait pas à dissiper ces maux de tête le reste de l’année. En Seconde et Première, même démarche, jusqu’en Terminale où j’avais la désagréable impression de porter des verres épais comme des loupes. Cette histoire peut paraître anecdotique mais avec l’arrivée de la prothèse à transposition, mon mal de tête a quasiment disparu. Il faut savoir que la prothèse à transposition respecte l’environnement sonore et l’intensité sonore ; ce que ne faisaient pas du tout les prothèses surpuissantes.

Au fur et à mesure que je portais la prothèse à transposition, mon environnement sonore s’est élargi. Un jour, je travaillais devant un ordinateur, j’ai entendu éternuer ; spontanément, j’ai dit “A tes souhaits” au voisin le plus proche. Interloqué, il me répondit “Mais je n’ai pas éternué, c’est le gars au fond de la pièce !”. Ce jour là, j’ai pu constater que je distinguais des sons lointains mais si j’ai réagi de cette façon, c’était en fonction de mes repères issus des prothèses surpuissantes ! J’ai pris conscience que mon champ auditif s’était élargi.

La prothèse à transposition permet de situer, de localiser plus précisément un bruit, une source sonore, et favorise ainsi une meilleure écoute dans un environnement bruyant.


Dans le domaine de la communication, il faut distinguer deux sortes de communications : la communication en groupe et la communication duelle.


J’ai pu remarquer que dans une conversation à plusieurs, on saute souvent du coq à l’âne en passant d’un sujet à l’autre, on s’interrompt, on se questionne… Dans cette situation, je suis capable d’intervenir et de suivre la conversation alors qu’il m’était impossible de le faire avec les prothèses surpuissantes car j’étais “rivé” aux lèvres de mon interlocuteur. Dan ce cas, tous les mots de la phrase m’étaient indispensables et dès que je perdais un mot, il me fallait faire répéter toute la phrase pour participer à la conversation. Par contre, avec la prothèse à transposition, si je n’ai pas tous les mots, je peux en partie comprendre et peux bien mieux suivre grâce à la mélodie et au contexte. Mais je serai vraiment heureux quand cette prothèse sera encore plus performante pour être moins sollicité à utiliser la lecture labiale ou le LPC.

[rajout 2006] …sans pour autant supprimer la LSF.